BILLET DE PAUL BARELLI – Manifs : ne tirez pas sur les journalistes !

CPM06 30 octobre 2026 0

De tout temps, les journalistes ont subi des menaces, voire des agressions. Rares sont les confrères qui ont échappé à ces agissements. Depuis le début des manifestations sociales en France, une trentaine de journalistes ont été agressés ou empêchés d’exercer leur métier, dont plus de la moitié lors de la seule journée du 17 octobre.

Ces atteintes au droit d’informer ont été commises aussi bien par des membres des forces de l’ordre que par des manifestants, des casseurs, des extrémistes de tous bords, de l’ultra droite à l’extrême gauche.

Tous ceux qui veulent « casser du journaliste » s’en donnent à cœur joie. Reporters sans frontières (RSF) condamne ces actes et appelle les autorités à faire toute la lumière sur les faits signalés ainsi qu’à assurer la sécurité des journalistes sur le terrain.

« Les journalistes ne sont pas des cibles », martèle Laure Chauvel, directrice du bureau France de RSF. En une seule journée, une quinzaine de journalistes ont été victimes de violences ou d’entraves à l’exercice de leur mission, de Nantes à Grenoble, en passant par Paris, Lyon et Marseille. Ce bilan du 17 octobre s’inscrit dans la continuité des atteintes déjà recensées par RSF : au moins 12 journalistes avaient été agressés lors des mobilisations lycéennes entre le 29 septembre et le 8 octobre derniers. Ces nouvelles atteintes à la liberté de la presse, par ailleurs, attestent d’une défiance grandissante envers les médias. Selon un sondage du quotidien La Croix, 61 % des Français estiment qu’il faut se méfier du traitement des grands sujets d’actualité par les médias.

Françoise Fressoz, dans le Monde, livre une pertinente analyse sur « la gangrène de l’ultra violence ». « Cela fait des années que la France est confrontée à l’ultra violence charriant son cortège de blessés, de dégradations de monuments publics et de scènes de pillage qui laissent pantois le citoyen ordinaire », écrit-elle. 

Il n’y a pas que des casseurs qui s’attaquent à la presse. Parmi les leaders politiques les plus virulents contre les journalistes : Jean-Luc Mélenchon. Non seulement il multiplie les attaques contre les médias et les journalistes mais il encourage ses troupes à le faire. Mais quand ça l’arrange, il s’appuie sur les révélations de la presse, y compris celles du Canard enchainé, pour mener campagne.

Dans son blog il estimait ainsi en 2018 que la haine des journalistes était « saine et juste », qualifiant la presse de « première ennemie de la liberté d’expression ». Désormais, Jean-Luc Mélenchon appelle ses troupes à passer « de manière claire et nette à l’action : « Pourrissez-les partout ou vous pouvez (…) parce que à la fin il faut qu’il y ait des milliers de gens qui se disent, les journalistes de France Info sont des menteurs, des tricheurs ».

Ce déchaînement de violences contre les journalistes est inquiétant. Il ne doit pas nous décourager. Le Club de la presse Méditerranée 06 qui va célebrer ses trente printemps en décembre prochain a traversé de nombreuses épreuves. Il poursuit sa mission de soutien de notre profession qui se révèle impérieuse face à la gigantesque « boutique numérique » qui égrène le pire et le meilleur sur les réseaux sociaux où la haine est invasive.

Le Club de la presse Méditerranée 06 a changé de visage mais demeure adossé à des valeurs simples qui ont constitué le Conseil national de la Résistance. L’éthique, la déontologie et la liberté.

L’union fait la force. Tel est notre credo. Maison en perpétuelle construction, le CPM 06 soutient RSF et tous ceux et celles qui estiment que la liberté d’informer est une valeur inaliénable.

Paul Barelli, vice-président du CPM 06, ex-correspondant du Monde et de RMC à Nice.

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