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N°57 février 2010
Edito | Les brèves | A la Une | Témoignage | Focus Partenaire | Focus Media | Focus Méditerranée

Le Conseil d’administration du Club partiellement reconduit et partiellement renouvelé, on peut donc reprendre la bonne vieille formule du changement dans la continuité, mais en y ajoutant de préférence une dynamique : celle de la diversité, représentée par l’ensemble des membres du Club de la Presse Méditerranée 06, qui ont tous leur mot à dire. Et ils n’ont qu’un mot à dire pour devenir acteurs de la vie du Club, avec une idée à développer, une contribution à apporter, une découverte à faire partager, une action à accompagner. Yapluka… se retrousser les manches !
Philippe Tallois, président
Journaliste et auto-entrepreneur: deux statuts incompatibles
Autrement dit, le journaliste, en poste ou pigiste, est un salarié. Un petit rappel de la loi bien utile en cette période où de plus en plus de supports de presse, y compris ceux ayant pignon sur rue, souhaitent s’adjoindre les services de journalistes "free-lance" ou en profession libérale, susceptibles de facturer leurs prestations. C’est simple : ce statut n’existe pas. Si la récente mise en place du statut d’auto-entrepreneur a embrouillé les esprits, c'est que le guide publié à la suite du vote de la loi du 4 août 2008, dite "loi de modernisation de l’économie", assurait que le régime de l’auto-entrepreneur concernait entre autres «le journaliste indépendant, le pigiste et le rédacteur». Constatant cela, le SNJ-CGT a immédiatement écrit au secrétaire d’État chargé du Commerce, de l’Artisanat, des PME, du Tourisme et des Services, Hervé Novelli, pour lui rappeler que la profession de journaliste est salariale et surtout pas libérale, et, de surcroît, l’une des rares à être inscrite comme telle dans le Code du Travail (article 7112-1 et suivants). L’erreur des fonctionnaires de Bercy qui avaient agi, selon eux, «en toute bonne foi, et, selon la liste des professions enregistrée par la CIPAV, la Caisse interprofessionnelle de prévoyance et d’assurance des professions libérales»* a été rectifiée, ainsi que la liste CIPAV en question, retirant ainsi les journalistes des ayants-droit au régime de l’auto-entrepreneur. www.lautoentrepreneur.fr/images/3_Guide.pdf
*cités par le SNJ-CGT.
Code Sport Monaco fait place à Code Sport Côte d’Azur
Lancé le 1er mars prochain, Code Sport Côte d’Azur est le nouveau mensuel dédié au sport à Monaco et dans les Alpes-Maritimes. Edité par Jean-Marc Moreno (SAM Edicom), il succède à Code Sport Monaco (8 numéros, en bimestriel, depuis septembre 2008), et sera disponible au prix de 1,50 euros pour 92 pages dans 400 kiosques de Monaco et du 06. Au menu : plus d’une quinzaine d’articles sur le sport azuréen, qu’il soit professionnel ou amateur, olympique ou non, et des interviews exclusives de Christian Estrosi, Bernard Brochand, et de SAS le prince Albert II de Monaco. La rédaction est composée de Julie Pellet, déjà journaliste à Code Sport Monaco, et de plusieurs pigistes.
Unik.tv, une Web TV intelligente et participative
«Développer de l’intelligence service en réseau», tel est l’objectif de la jeune association Unik.tv, créée à l’initiative de Stéphane Piernet, JRI et ancien correspondant de Reuters, la 5 et TF1, et présidée par Alicia Rebuffel. L’idée : participer à la construction d’une communauté de "consom’acteurs" autour de thématiques liées aux "terroirs dynamiques" et créer un véritable média afin de trouver, ensemble, des solutions aux problématiques environnementales actuelles. Une dizaine de membres fondateurs, professionnels du journalisme ou de la communication, réalisent déjà des reportages et mettent en place des débats. Chaque mois, un événement sera proposé, grâce à un studio transportable partout. Le premier "tele@rendez-vous", en télé-direct sur Internet, se déroulera le 22 avril en partenariat avec l’association monégasque Femmes et vins du monde. « Au travers d’ateliers de travail et de commissions, chaque adhérent peut contribuer à la construction de cette Web TV unique, souligne Stéphane Piernet. Et, fait nouveau, il peut aussi commander des idées de reportage à nos journalistes professionnels, car un "consom’acteur" a besoin d’informations fiables, sourcées et vérifiées. » Ou comment tenter de redonner au journalisme la vraie place qu’il mérite, y compris dans les médias participatifs. www.unik.tv
A la découverte du Lion’s Club
Le 25 janvier dernier, le CPM06 est allé à la rencontre du District Côte d’Azur-Corse du Lions Club International afin d’en savoir un peu plus sur le plus important Club Service avec 1 350 000 membres répartis dans 42 000 clubs à travers 200 pays et territoires. Leur devise, «Nous servons», les conduit à s’investir dans la recherche médicale et l’aide en direction des pays en émergence ou le développement durable. Mais le Lions Club déplore l’image surannée souvent véhiculée dans les médias. La discussion avec les membres du CPM06 a permis d’identifier un problème de diffusion de leur actualité et de communication de leurs actions, très éparses. Cette réunion a permis au Lions Club de mieux comprendre les mécanismes de fonctionnement des médias et d’apprendre à cibler davantage leur communication auprès des journalistes.
Renseignements : Lions Club Côte d’Azur et Corse 04 93 71 78 38
Nice Premium fait des petits à Marseille
Marseille Premium est né le 1er février: émanation du site d’information locale Nice Premium, il est réalisé en collaboration avec l’Ecole de Journalisme et de Communication de Marseille. Vincent Marty, ancien élève de l’EJCM et aujourd’hui responsable du développement de Nice Premium, est à l’origine de ce projet qui a pour ambition de délivrer une vision nouvelle de l’actualité marseillaise et provençale. Au bout d’une semaine d’existence, 2 500 internautes avaient déjà visité l’une des pages du site. www.marseille-premium.com
Métro Nice sur Twitter
Sao Paulo, Toronto, Montréal, Cannes et enfin Nice : les antennes locales de Métro veulent toutes leur profil sur Twitter, l’outil communautaire concurrent numéro un de Facebook. Depuis le 28 janvier, Michel Bernouin, reporter de l’édition Nice Côte d’Azur, diffuse sur le net les dernières informations de la ville en temps réel. Deux semaines après la mise en place du profil, Métro Nice comptabilisait déjà une centaine de "suiveurs". «Cela permet de diffuser l’information par un autre biais et un autre support technologique: le téléphone, explique Michel Bernouin. Ce qui m’a surpris c’est l’interactivité. Il y a pas mal de "re-tweet" (réponses).» Une information courte (140 signes) et accessible partout : le secret de la réussite des médias électroniques ! twitter.com/MetroNice twitter.com/MetroCannes
Cari, nouvelle filiale de Fayat
Cari, société de construction et de services (partenaire du CPM06), et Fayat, groupe d’actionnaires du BTP, ont entériné le 27 janvier un accord faisant de Cari une filiale autonome de Fayat. L’entreprise conserve en effet sa structure, son nom et sa raison sociale. La société de portefeuille assure la pérennité financière de Cari qui poursuit son développement dans «la globalisation de services, la démarche Q.S.E. (Qualité, Sécurité, Environnement) et l’efficience énergétique», détaille Georges Dao, président de Cari. Prix National de l’Entrepreneur 2009 pour son engagement sociétal, Georges Dao affirme sa volonté de «protéger le personnel et les intérêts communs pour porter plus haut des projets globaux». Le 16 février, Cari a signé une convention avec T-PLUS, agence d’intérim spécialisée dans le travail temporaire d’insertion (ETTI). Photo: Georges Dao, président de Cari. ©Amet/CPM06
Témoins RTL.fr ou le "photojournalisme citoyen"
Fidèle à sa politique de sites satellites à la marque RTL.fr, la station a lancé mi-février Témoins RTL.fr. Le site se veut une communauté de "reporters" qui pourront partager des photos, les envoyer à la rédaction. Le but étant d’illustrer un évènement particulier dont l’internaute a été le témoin. Par ailleurs, fait nouveau, le "témoin RTL" a la possibilité de vendre ses photos. Ainsi, si des médias ou des sites sont intéressés par l’une ou l’autre photo, alors celle-ci sera vendue par RTL et l’auteur du cliché rétribué. Enfin, Témoins RTL utilisera la géolocalisation puisque les internautes qui auront renseigné leur lieu d’habitation pourront recevoir des alertes mails sur les évènements qui se déroulent à proximité de chez eux. temoins.rtl.fr
Belles progressions pour France Bleu et France Bleu Azur
Sur l’ensemble de la journée, le réseau France Bleu, avec ses 41 radios, enregistre ses meilleurs résultats depuis 2004 sur les 3 principaux indicateurs* : 7,1 % d’audience cumulée (+ 0,2 pt par rapport à la vague novembre-décembre 2008 et la vague septembre-octobre 2009) soit + 149 000 nouveaux auditeurs ; 6,3 % de part d’audience, une performance que France Bleu n’avait pas connue depuis 2002 ; une durée d’écoute de 126 mn qui permet à France Bleu de gagner 2 places (3e position). France Bleu enregistre désormais près de 3,7 millions d’auditeurs. Sur la Côte d’Azur, France Bleu Azur arrive, en audience cumulée, en 4e position, derrière RMC Info, France Info et France Inter. L’année dernière, la radio était 11e. En part d‘audience, France Bleu Azur est dans le trio de tête : RMC Info, France Inter et France Bleu Azur. Il y a deux ans, elle était 14e. *Source Médiamétrie enquête 126 000 Radio, novembre-décembre 09, ensemble des 13 ans et plus, lundi/vendredi.
Une femme à la tête des DCF 06
Aurélie Melo, directrice d’Académie Sud Convergences, a été élue le 26 janvier 2010 présidente de l’association des Dirigeants Commerciaux de France dans les Alpes-Maritimes (partenaire du CPM06). Elle est la benjamine des 93 présidents départementaux et quatrième femme élue à la tête des DCF Nice Côte d’Azur en 54 ans d’existence. Ce club regroupe une soixantaine de décideurs du 06. Une nouvelle ligne stratégique a été définie : mieux exister dans le paysage économique local, se recentrer sur la "fonction commerciale" et briser l’isolement des chefs d’entreprises. Photo: Aurélie Mélo, présidente des DCF Nice Côte d’Azur. ©DCF06
Jean-Jacques Bernard, Monsieur cinéma niçois
Bien connu du public en tant que chroniqueur cinéma à France Inter et Ciné-cinémas, le journaliste Jean-Jacques Bernard intervient régulièrement à la Cinémathèque de Nice pour l’animation de débats autour de cinéastes majeurs. Début février, l’œuvre de Stanley Kubrick a été évoquée lors d’un débat avec la veuve du réalisateur. L’occasion aussi pour le public cinéphile niçois de voir ou revoir les films cultes comme Orange mécanique, 2001, l’Odyssée de l’espace et Eye wide shut. Des questions pertinentes du public ont permis de mieux situer ce maître incontesté du 7e Art dont Jean-Jacques Bernard a souligné «la vision pessimiste du monde. Il avait l’art de dynamiter chaque genre abordé.» Cinémathèque de Nice Acropolis 3, Esplanade Kennedy - 04 92 04 06 66 - cinematheque@ville-nice.fr
Photo: Jean-Jacques Bernard ©Roussel/CPM06
Le film La Rafle projeté le 4 mars à Nice
Le CPM06 s’associe à la Gaumont pour la présentation du film La Rafle au cinéma Variétés, à Nice, le 4 mars prochain (sortie en salles le 10 mars). La Rafle raconte en partie l’histoire d’une Niçoise évadée du Vel d’Hiv', inspirée de plusieurs témoignages dont celui d’Anna Traube, Niçoise d’adoption, comme Simone Veil, et auteur du livre Evadée du Vel’ d’Hiv’, publié aux éditions Le Manuscrit. La projection devrait être suivie d’un débat, en présence d’un ou plusieurs acteurs du film, notamment interprété par Gad Elmaleh, Jean Reno, Mélanie Laurent et Sylvie Testud. Photo: A gauche, l’actrice Adèle Exarchopoulos interprétant le rôle d’Anna Traube. ©Bruno Calvo
L’exercice du journalisme à Monaco
Exercer la profession de journaliste à Monaco n’est pas toujours simple. Cependant, nos confrères basés sur le Rocher ne rencontrent pas plus de difficultés pour faire leur métier qu’ailleurs. Vérifier l’information, la resituer : ils s’efforcent de respecter les règles déontologiques de notre profession.
A une nuance près, de taille: ils tiennent compte du contexte propre à la Principauté.
Un état où la loi prévoit que les journaux locaux s’engagent à ne pas porter atteinte à la personne du Prince ou à sa famille : voilà la principale règle à laquelle les journalistes exerçant leur métier à Monaco sont soumis. Et cette règle est respectée. Contrairement à une idée fausse, le Palais Princier, en particulier depuis l’avènement d’Albert II, n’exerce pas de pression sur les journalistes de Monaco. Ils savent ne pas franchir la "ligne jaune". En 2006, pour l’avoir franchie, en froissant des chefs d’entreprise qui firent pression, le rédacteur en chef de Monaco-Hebdo, Didier Laurens, fut "viré". Ni le Palais, ni le gouvernement n’étaient toutefois intervenus.
La presse locale, cependant, se montre depuis quelques années plus critique: «Monaco n’est pas Cuba, ironise un confrère. On pratique parfois l’autocensure, mais quel journaliste en France peut jurer qu’il n’a pas déjà retenu sa plume !» De leur côté, les médias "people" ne se privent pas de caricaturer Monaco.
Le Rocher et les médias entretiennent une relation ambiguë, oscillant entre fascination et répulsion.
Une méfiance à l’égard des médias "extérieurs"
Tout a commencé en 1955, sur le tournage du film La Main au collet, quand le Prince Rainier rencontra Grace Kelly. Depuis, la Principauté est considérée comme une source inépuisable pour la presse à sensation: «Rien de plus, s’insurge un confrère monégasque. Fi des défis économiques, des avancées technologiques, des congrès, de la lutte contre le blanchiment. Seuls comptent, pour la presse people, les bruissements du Palais.»
Ce contexte a entretenu une méfiance des institutions monégasques à l’encontre des medias "extérieurs". La presse locale travaille essentiellement pour les habitants d’un pays de 2km2 qui recherchent de l’information de proximité. Quant aux fanatiques d’info people, ils la trouvent sur Internet.
A Monaco, lorsqu’un journaliste souhaite interviewer des personnes du secteur public, il doit s’adresser, comme en France avec les services de presse des administrations, au Centre de presse de la Principauté. C’est le service de communication et des relations publiques du Gouvernement. Il est composé d’attachés de presse, d’administratifs et de huit journalistes. Ces confrères n’ont pas obtenu leur carte de presse française car la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels (CCIJP) les considère comme "fonctionnaires". Dans les faits ce sont des journalistes. La frontière est ténue entre communication et information. Le Centre de presse, en effet, gère également la chaine câblée Monaco info.
Une profession qui s’organise
La Principauté dispose, par ailleurs, d’un club de la presse : le Monaco Press Club, présidé par notre éminent confrère Bernard Spindler.
Il n’existe pas de carte de presse monégasque. Cependant, les journalistes ont réveillé, depuis près de dix ans, le Syndicat des journalistes de Monaco (SJM), qui regroupe les professionnels titulaires de la carte de presse française (CCIJP). Au sein de l’USM, la puissante Union des syndicats de Monaco, il est aujourd’hui une force de proposition, et écouté. Ce syndicat, parfaitement libre de son action, œuvre afin de créer une commission paritaire, où journalistes et patrons de presse pourraient établir un véritable échange. «Le véritable problème de Monaco, selon le SJM, est cette incompréhension qui perdure entre journalistes et communicants. Les uns et les autres ont le "savoir-faire", il ne leur manque qu’une vision plus commune sur le "faire-savoir".»
Paul Barelli
Photo: Principaute de Monaco 16/11/2009. S.A.S. le Prince Souverain Albert II de Monaco au balcon du Palais Princier lors de la Fête Nationale Monégasque. ©Amet/JBVNEWS
Haïti : «J’ai aidé à ma manière, en faisant mon travail»
Olivier Predhomme, journaliste reporter d’images pour i Télé et Canal + basé à Nice, est arrivé à Haïti au lendemain du séisme. Il y est resté dix jours. Sur place, les conditions de travail étaient évidemment désastreuses et difficiles à imaginer. Il nous livre quelques éléments pour mieux comprendre la signification du terme "journaliste de terrain".
Mercredi 13 janvier, 6h du matin, Olivier Predhomme est appelé par la rédaction parisienne d’i Télé / Canal + qui lui demande de partir vers midi direction Haïti : un terrible séisme vient de secouer le pays. Six journalistes, choisis pour leurs compétences techniques, leur résistance physique et psychologique, sont ainsi envoyés sur place. Olivier Predhomme part avec Romaric Moins, autre JRI niçois, et un rédacteur. Une équipe part de Paris avec la Sécurité civile pour atteindre le Canada avant d’arriver à Port-au-Prince. Une autre fait le voyage de Paris à Saint-Domingue puis rejoint en voiture Port-au-Prince, situé à l’autre bout de l’île.
Olivier et son équipe se rendent à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, où ils passent une nuit, avant de trouver un moyen pour rejoindre Port-au-Prince, dont l’aéroport est fermé aux vols commerciaux. Finalement, c’est avec l’avion des pompiers qu’ils partiront, pour arriver le jeudi vers 12h30. « Nous étions parmi les premiers journalistes français sur place », précise-t-il. Suivant les recommandations de leur rédaction, « la première chose à faire est de trouver de l’électricité, du ravitaillement, de l’eau et un lieu sûr pour passer la nuit », les journalistes s’entassent avec d’autres confrères à l‘arrière du pick-up d’un Haïtien dont c’est le dernier bien. La poussière, la chaleur, les gens errant dans les rues, les bouchons monumentaux… C’est le premier choc. «C’était difficile pour moi de descendre de la voiture et de commencer à tourner des images, se souvient Olivier. Les premières sont donc des travelings de routes, de rues, prises de la voiture. Il fallait qu’on envoie des images le plus tôt possible dans la soirée: j’étais là pour faire mon métier, j’ai donc pris sur moi.»
Recharger le matériel au coup par coup
Les jardins de l’Ambassade de France, à moitié détruite, sont le premier refuge des journalistes qui commencent à réaliser leurs montages afin d’envoyer à Paris un PAD (Prêt à Diffuser). Partis avec quelques médicaments anti-paludisme, de l’eau et des biscuits secs achetés à l’aéroport de Pointe-à-Pitre, ils investissent ensuite les jardins de la résidence de l’Ambassadeur, elle aussi détruite, avec d’autres journalistes et des réfugiés français, où ils se relaient pour dormir à la belle étoile, ne disposant que de deux tentes. Ils rechargent leurs téléphones, les batteries des caméras et le matériel d’envoi d’images au coup par coup, avec l’aide timide des pompiers. Le journaliste parti de Saint-Domingue est arrivé trois jours plus tard avec un groupe électrogène, une plaque chauffante et des gardes du corps. «Nous n‘avons pas vraiment senti d’insécurité, mais c’était tout de même rassurant d’être accompagnés de gardes du corps armés.» Se rationnant sur tout, y compris sur l’essence servant à alimenter le groupe électrogène, les journalistes ont de moins en moins d’énergie. En une semaine, ils subissent 50 répliques de plus de 4 sur l’échelle de Richter, dont une de 6,1. Tous les jours, ils doivent envoyer des images et réaliser des duplex depuis l’aéroport, avec 6 heures de décalage. «Quand, à Paris, ils ouvraient l’antenne à 18h, il fallait partir à 23h pour être à l’aéroport à minuit, et ensuite enchaîner les duplex toute la nuit.»
« Tu tournes, et tu réfléchis après »
Dans cette catastrophe, la mort est évidemment partout. Mais certaines images sont impossibles à tourner, comme dans ce cimetière où s’entassent des dizaines de corps en décomposition. « Physiquement, c’était insoutenable et, de toute façon, cette horreur n’était pas diffusable. Il était hors de question de faire dans le sensationnalisme. »
Mais, pour le journaliste, le plus difficile à gérer, ce sont les vivants. « Les gens te remercient pour ton aide mais tu ne peux rien pour eux. C’est seulement en rentrant que j’ai pris conscience de mon rôle, de l‘utilité de mon métier dans ces moments-là. Ce qui m’a profondément marqué, ce sont les enfants. Nous avons tourné dans un orphelinat et les enfants nous ont accueillis en disant "papa blanc", pensant qu’on allait les adopter. La directrice, en pleurs, nous a montré deux gamines d’à peine quelques mois, une très dénutrie et l’autre atteinte du Sida. L’Ambassadeur les a prises pour les emmener à l’hôpital de campagne français monté la veille. C’était très dur de les avoir avec nous dans la voiture. Mais tu tournes, et tu réfléchis après. »
Au bout de dix jours, une relève de deux personnes arrive sur place, suivie le lendemain par une autre équipe de deux. «Nous savions trois jours avant qu’ils allaient venir mais nous avons repoussé au dernier moment la décision de savoir qui allait partir en premier.» Un choix difficile, que fera finalement Olivier Ravanello, numéro 3 de la rédaction d’i Télé, arrivé sur place trois jours après Olivier. Ce dernier rentre donc en France, non sans un certain sentiment de culpabilité, mais conforté dans l’idée qu’il fait un beau métier et qu’il a aidé à sa manière. «Depuis, je regarde énormément d’images, j’ai toujours besoin de savoir ce qu’il se passe là-bas.» Un soutien psychologique a été mis en place pour toutes les équipes. Il a repris le travail une semaine après son retour. Une équipe de deux personnes, dont Romaric Moins, à sa demande, est repartie sur place un mois après le séisme.
Faustine Sappa
Photo: Un hôtel de Port-au-Prince, resté à moitié debout, dans lequel AP avait installé son quartier général. ©OP
Grasse: Un parfum qui nous mène par le bout du nez
C’est pour satisfaire Catherine de Médicis, qui ne supportait pas les effluves des tanneries du Pays Grassois, qu’on a planté en masse des fleurs odorantes. Elles sont restées et la ville de Grasse embaume toujours les hauteurs de la Côte d’Azur…
La région grassoise, berceau mondial de la parfumerie, est "au parfum" depuis le 16e siècle. Grasse, c’est encore 40 hectares de plantes à parfum, tubéreuses, jasmin, mimosa, violette sans oublier la rose centifolia, appelée aussi rose de mai, qui fleurit chaque année de mai à la mi-juin. Cette centifolia figure parmi les 150 espèces végétales du terroir et entre dans la composition des parfums les plus prestigieux dont le célébrissime n° 5 de Chanel.
La cinquantaine d’entreprises de Grasse représente plus de 50 % du chiffre d’affaires français pour la production de compositions destinées à la parfumerie alcoolique, cosmétique, savonnerie. Ces entreprises ont également fortement développé leur production d’arômes destinés à l’industrie alimentaire et laitière car, aujourd’hui, tout s’aromatise, des crèmes aux gels douche, en passant par les boissons, plats cuisinés et yaourts. C’est dire le marché juteux des produits aromatiques. C’est dire aussi, à Grasse, le virage industriel bien négocié depuis les premiers champs de fleurs de la Renaissance.
La passion pour les fleurs est intacte, témoin le "Club passion jardin", né en février 2008, qui réunit les propriétaires de jardins d’exception, proposant des visites des lieux sur rendez-vous.
Bientôt un funiculaire
Trois grands noms de la parfumerie (Fragonard, Galimard et Molinard) vont plus loin, non seulement en faisant visiter leurs installations de production, mais aussi en proposant après une visite de leurs champs de fleurs la création de son propre parfum. Les restaurateurs ne sont pas en reste en proposant des recettes aux fleurs de saison.
Pour mieux savourer les effluves du "balcon de la Côte d’Azur", le funiculaire, disparu depuis la 2e Guerre Mondiale, devrait, dans deux ans, booster plus encore l’impact touristique de Grasse en assurant, de nouveau, une liaison entre la gare et le cœur de la ville.
Enfin, clap sur Jean-Pierre Leleux, sénateur-maire de Grasse et président de la Commission du film Alpes-Maritimes Côte d’Azur : membre de la Commission culture au Sénat, il vient d’être nommé rapporteur du projet de loi pour défendre les métiers du cinéma.
En tant que président de la Commission du film, il promeut l’activité cinématographique dans le département. Le bilan annuel : 5,7 millions d’euros de retombées directes dans l’économie locale pour un total de 4 800 nuitées hôtelières.
Geneviève Roussel
Photo: Le Musée international de la parfumerie, représentant un investissement de 16 millions d’euros, accueille 12 000 visiteurs chaque année. ©Sabatier.
Email Gourmand, référence gastronomique
L’Email gourmand, c’est un site d’informations gastronomiques gratuit de la Côte d’Azur. Il développe l’actualité hebdomadaire des professionnels de la gastronomie sous forme de reportages, de brèves et de numéros spéciaux.
Infos pratiques, bonnes adresses et agenda : l’Email gourmand propose chaque lundi un menu d’actualités variées à ses 5 000 fidèles lecteurs. Créé par Gérard et Michelle Bernar en 2003, ce site Internet (email-gourmand.com) répertorie notamment concours, rencontres, découvertes et emplois. Sélectionné en 2008 par le Figaro Magazine Provence Côte d’Azur parmi les meilleurs sites régionaux de gastronomie, l’Email gourmand est régulièrement consulté par les professionnels de la restauration, du tourisme, du journalisme et les épicuriens. Gérard Bernar, rédacteur en chef, y développe l’actualité effervescente dans le domaine en PACA. Il est appuyé dorénavant par deux correspondantes à Marseille et à Paris.
«L’AFP de la gastronomie»
D’abord proposé sous forme de lettre numérique, l’Email gourmand n’est apparu sous forme de site qu’en 2007. Il a été créé par l’agence de communication niçoise Rom. Fort de son expérience journalistique, Gérard Bernar relève l’atout majeur du site: «Je pense que sa particularité repose sur une double lecture de l’actualité, à l’écran et sur un fichier pdf. Mais il se démarque également par sa réactivité et par une information brève, synthétisée et pertinente. Un ami journaliste a qualifié mon site de «l’AFP de la gastronomie»!»
La passion, une force de développement
Gérard Bernard a créé sa propre plate-forme d’informations gastronomiques car, pour lui, «c’est avant tout une passion. Une passion de la presse, une passion de la cuisine et des hommes qui la font. Et puis cela manquait en région, comme cela manque en France». Cette passion l’a conduit à participater en tant que jury à des concours gastronomiques mais aussi à développer le sien: "Les Trophées 1, 2, 3 Chefs" d’Email gourmand.
Alexandra Tany Dencausse
Photo: Gérard Bernar (à gauche) en compagnie de Vincent Ferniot, lors de la remise du trophée du «Chef de la décennie 2000-2009» Provence-Alpes-Côte d’Azur, prix décerné par les journalistes gastronomiques de la presse régionale. ©nicerendezvous.com
Croatie: En route vers l’Europe
Deuxième pays européenne en terme de richesse des eaux, la Croatie entend bien valoriser ses sources, indemnes de pollution, pour une planète écologiquement plus viable. Les nouveaux représentants du pouvoir vont également s’atteler à renforcer les chances d’adhésion du pays à l’Union européenne.
C’est récemment que la Croatie a élu son 3e Président, Ivo Josipovi?, idéologiquement de gauche et membre du parti social démocrate croate (SDP). Spécificité de la démocratie parlementaire croate, régime dit semi-présidentiel : il gouverne en cohabitation avec la Première ministre Jadranka Kosor, Présidente de l’Union démocratique de Croatie (HDZ), parti demeuré le plus longtemps au pouvoir depuis l’indépendance de la République de Croatie en 1991. Appartenant à deux courants politiques opposés, les deux leaders croates sont populaires et considérés comme modérés. La perspective d’une cohabitation heureuse se présente bien. Déterminés à combattre la corruption, ils vont concentrer leurs efforts sur les négociations pour l’adhésion de la Croatie à l’Union Européenne, qu’elle espère joindre en 2011. Avec, notamment, le soutien de la France, les Croates se voient déjà comme des citoyens européens. Par sa position géostratégique Zagreb, la capitale, est en effet la plaque tournante des Balkans. En outre, la Croatie est membre de l’OTAN depuis le printemps dernier.
Crise économique et des médias
Mais la Croatie n’a pas été épargnée par la crise économique. Un espoir, toutefois : avec le tourisme qui commence à fleurir, la Croatie compte bien en sortir avant son adhésion à l’UE.
La démocratie, évidemment, ne serait pas possible sans les médias libres, mais les médias, dans ce monde globalisé et de plus en plus virtuel, vivent une crise se manifestant par la contradiction, difficile à gérer, entre le droit à la liberté d’expression et les réalités mercantiles. Comme ailleurs, les journalistes, dont la rémunération est souvent basse, ont tendance à écrire plutôt dans les médias "people" qui se vendent mieux que les quotidiens et les magazines à visée analytique. Historiquement, la Croatie appartient au cercle culturel germanique et, aujourd’hui, en raison de la mondialisation et de la suprématie des médias anglophones, les journalistes francophones ne sont pas nombreux. Pourtant, l’élite intellectuelle a toujours parlé le français. C’est pour cette raison que la Section croate de l’Union internationale de la Presse francophone (www.frankofoni.hns.hr) a été créée en 2004 : elle regroupe les journalistes francophones et travaille à la promotion de la langue française et au rapprochement des cultures francophones puisque, en termes de journalisme, à l’heure du Web comme avant, une seule source d’information ne suffit pas.
Silvija Luks, Marco Cernogoraz, Marin Veršic
Photo: Lors du colloque "Journalisme et métissage culturel à travers la Francophonie", organisé à Dubrovnik du 22 au 25 octobre 2009, les journalistes francophones d’Europe se sont retrouvés à l’hôtel Excelsior. ©HSFN
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